Par un beau samedi de printemps, trouver une adresse et une
destination gourmande des plus inusitées, j'aime ça.
Près de la rue Principale (qui n'est pas celle des
Colocs), Nora, en déesse maghrébine, badigeonne
allégrement le méchoui qu'elle servira ce soir
avec une technique berbère secrète. Son petit
restaurant attire le regard plus par son intérieur
que par son extérieur, réservant ainsi une
surprise additionnelle aux curieux comme moi. Kaleb et Rachid
Taha s'en donnaient à coeur joie dans des mélodies
de raï qui nous chaviraient. L'ambiance décontractée était
annonciatrice de bien-être.
Tout le monde à Dunham connaît Nora, gazelle ou
encore princesse des sables, qui revendique haut et fort ses
origines kabyles avec un français d'une pureté au
moins égale à la qualité de son couscous.
Installée dans ce village depuis peu, cette Berbère
au charme discret éblouit par son art : la cuisine.
Comme toutes les femmes du Maghreb, elle maîtrise un
savoir transmis de mère en fille. La tradition familiale
ne lésine en rien sur l'hospitalité, chose qu'elle
reprend fort bien dans son restaurant. Nora offre un menu adapté aux
rites nord-américains. Vivant au Québec depuis
24 ans, elle a su en tirer l'enseignement nécessaire
permettant à tout étranger de s'adapter selon
les règles. Une dizaine de tables et un petit salon
arabisé permettent d'accueillir les convives. Les tables,
habillées de céramique disposée en mosaïque,
n'ont rien d'habituel ni de m'as-tu-vu. Derrière le
bar de service, on peut apercevoir Nora travailler, oubliant
parfois les «amis» de la place. Pendant son service,
la concentration de Nora est telle qu'elle n'a d'yeux que pour
ses fourneaux. Le menu propose des plats algériens,
pleins de cette sensibilité propre aux Berbères.
La chorba est la soupe qu'on se doit de déguster. Souvent
composée de blé concassé et aromatisée à la
menthe, elle est toujours accompagnée de légumes.
Chez Nora, la chorba est parfaite, tout comme le tajine aux
légumes, ces derniers flottant d'allégresse dans
un bouillon parfumé. Le couscous est le plat national
du vendredi. En Grande Kabylie, on accommode la semoule avec
des légumes, des raisins, parfois des dattes et, surtout,
des merguez, toujours confectionnées d'agneau. Nora
maîtrise fort bien la façon et le style de rouler
le couscous. Sa légèreté n'a plus rien à voir
avec une semoule précuite ou cuite en une seule fois.
Les merguez, ni trop fortes ni trop douces, sont rehaussées
d'une harissa maison. Chez cette femme, la simplicité a
bon goût et le choix des plats de service témoigne
d'un grand raffinement. Outre qu'en méchoui croustillant à souhait,
l'agneau se retrouve en hamburgers, préparé en
kébabs ou selon d'autres recettes dont Nora a le secret.
À La Maison berbère, les produits sont d'une extrême fraîcheur
et cuisinés à la minute. Il faut laisser au temps le temps de faire
les choses. Même si la propriétaire est consciente que sa cuisine
se fait parfois attendre, jamais -- dit-elle -- on ne la prépare d'avance.
Dans ce restaurant de la rue principale à Dunham, la
magie des Berbères opère. L'excellente nourriture
arrive à nous faire oublier l'attente tout en nous faisant
prendre conscience qu'avec le temps vient la sagesse.
***
Prix payé pour deux avec deux bières, taxes et
service compris : 77 $.
• Plus : la nourriture exquise et le charme de l'endroit.
• Moins : l'attente parfois longue pour apprécier la cuisine.
La Maison berbère 3839, rue Principale, Dunham, (450)
295-1461